Graphies sauvages
Recherche-création en calligraphie botanique : Tracé, encre et papier du territoire
La philosophie du geste : Qui guide qui ?
Chaque plante écrit différemment. Une tige de lavande laisse un tracé fin et nerveux ; une racine de garance, quelque chose d'épais et d'opaque ; un champignon humide dessine comme une empreinte digitale.
Après plus de vingt-cinq ans de pratique graphique, j'ai progressivement abandonné l'outil manufacturé pour mettre la plante elle-même dans ma main. Le geste est alors produit par sa forme, sa résistance et sa texture. Ce que j'appelle calligraphie botanique, c'est cette négociation constante entre ma main et le vivant : un dialogue permanent pour déterminer qui guide qui.
Le projet et la géographie
Graphies sauvages est un projet de recherche-création à long terme qui explore cette question fondamentale à travers différents territoires.
Travaillant depuis Montréal avec la flore sauvage du Québec comme point de départ et de comparaison, je cherche à déployer ma pratique dans d'autres milieux géographiques pour étudier comment l'environnement — sa lumière, sa végétation, son climat, son sol — influence non seulement les plantes disponibles, mais le tracé lui-même : son rythme, sa qualité et sa matière.
La recherche se déploie sur trois axes indissociables, tous enracinés dans le territoire :
Les trois axes — Tracé · Encre · Papier
Le Tracé (L'Instrument)
Chaque plante laisse une empreinte unique sur le papier. Sa forme, sa texture et sa résistance produisent un trait que nulle autre ne peut imiter. La plante est l'instrument calligraphique.
L'Encre (La Couleur du Sol)
Fleurs, racines, baies, écorces, champignons — chaque territoire produit sa propre palette pigmentaire. L'encre est extraite localement, macérée et testée. La couleur vient directement du sol.
Le Papier (Le Cycle)
Le support est artisanal, fabriqué à partir de fibres végétales locales. Conçu avec l'intention de retourner à la terre, l'œuvre n'est pas un objet permanent : elle est un cycle.
L'archive et la trace
Les matériaux produits lors de chaque résidence — calligraphies, fiches botaniques de terrain, journaux de pigments, échantillons de papier — constituent une archive vivante et comparative entre les territoires. Chaque série devient ainsi une empreinte de lieu : non pas une représentation du paysage, mais une trace issue directement de lui.
Un positionnement radical
À l'heure où l'image numérique générée par intelligence artificielle uniformise les esthétiques mondiales, Graphies sauvages affirme une temporalité radicalement différente : la saison, le sol, la main.
C'est une pratique qui ne peut être ni accélérée, ni délocalisée, ni reproduite à l'identique — parce que chaque plante, dans chaque territoire, écrit une seule fois.
Lissette est graphiste, calligraphe botanique, née à La Havane et basée à Montréal. Fondatrice de Les Champs de Lissette depuis 2019, elle développe une pratique artistique qui place la plante au centre du geste — comme instrument, comme pigment, comme support . . .